60 ans de rire à la française

Le Mag • Le 12/05/2008 par Gilles Boussaingault
60 ans de rire à la française

Dans un documentaire qui fait alterner larges extraits de films et confidences d'acteurs, le cinéaste Michel Pascal propose une anthologie de la comédie au cinéma, divisée en huit grands thèmes : les films cultes, la famille, les vacances, etc. Une belle occasion didactique de savourer nombre de scènes qui ont élevé les œuvres dont ils sont extraits au rang de films cultes...

La révolution du café théâtre

Pour le metteur en scène Bertrand Blier, de Funès sur les épaules de Bourvil dans La Grande Vadrouille, c'est fabuleux. Mais, s'il apprécie le style familial des comédies de Gérard Oury, Blier n'en sera pas moins l'un des révolutionnaires du cinéma français, en dirigeant Depardieu, Dewaere et Miou-Miou dans Les Valseuses. « En scannant l'évolution du rire sur une soixantaine d'années, on voit combien sa nature a changé, commente Michel Pascal. Le rire des années 50 et 60 comporte une part d'innocence, de tendresse et de chaleur ».

C'est l'époque du Petit Monde de Don Camillo, des Tontons flingueurs et du Corniaud. Mais la disparition de Bourvil, de Fufu et de Fernandel laisse la place à une nouvelle génération. Celle des membres de la troupe du Splendid (Michel Blanc, Josiane Balasko...). « Ils sont nés sur les planches des cafés-théâtres et ont apporté un regard plus acide et plus social. Dans les années 70, le cinéma était plus décapant. On riait de choses plus osées et je suis heureux d'avoir placé Audiard aux côtés de Joël Seria, qui a dirigé Jean-Pierre Marielle dans Les Galettes de Pont-Aven ou... Comme la lune, des comédies très audacieuses », commente Michel Pascal.


La révélation Dany Boon

« J'ai tenu à ce que l'évolution des moeurs traverse le documentaire. Chacun s'en réjouira peut-être ou sera choqué. Mais on constate qu'avec Pédale douce, Le dîner de cons et Gazon maudit, il se passe quelque chose. » Dire qu'il se passe quelque chose quand on voit Alain Chabat se trémousser tout nu devant Josiane Balasko dans Gazon maudit relève de l'euphémisme ! Bienvenue dans les années 90 et l'humour des Nuls, sur Canal+. Cette nouvelle vague, qui arrive avec la télévision, apporte encore plus de délire. Pourtant, au milieu des années 2000, un nouveau virage s'amorce. La génération des acteurs tels Jean Dujardin ou Isabelle Mergault, qui ont été nourris avec les facéties de Rabbi Jacob semblent vouloir revenir à un style qui allie le social avec la tendresse.

C'est aussi le cas avec Franck Dubosc et Dany Boon, dont le récent et colossal succès de Bienvenue chez les Ch'tis est une révélation. « Je ne sais pas si on referait Pédale douce aujourd'hui, s'interroge Michel Pascal. Car une tendance plus "soft" se dessine, notamment avec Isabelle Mergault, qui prépare quatre nouveaux films et qui va beaucoup compter dans le cinéma français ces prochaines années. Elle a dressé un vrai portrait de femme dans Enfin veuve en janvier dernier. Elle s'interroge sur la condition féminine ainsi que sur le machisme, sans appuyer ni être méchante. Son film est de la même veine que celui de Dany Boon, qui ne se moque pas d'une population ou d'une région, mais est plutôt apaisant et réparateur. »

         

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