
Mise au point. Patrick Poivre d'Arvor sort de son silence en répondant point par point aux critiques qui le visent depuis plusieurs semaines. Réfutant toutes les rumeurs, condamnant les « mensonges », « fantasmes » et autres atteintes à sa vie privée, le journaliste riposte.
Un livre aux auteurs anonymes prétend dévoiler les coulisses de la rédaction de TF1. Vous y êtes critiqué en première ligne. Comment avez-vous vécu cela ?
J'ai déjà eu droit à trois ou quatre livres qui m'étaient entièrement consacrés et je reçois des lettres anonymes chaque jour. Elles finissent dans la poubelle. Là, dans leur grande générosité, le ou les auteurs veulent bien me noyer avec d'autres personnes de la chaîne, mais, la grande différence avec les livres précédents, c'est que je pouvais répondre frontalement et démonter les arguments d'auteurs qui avaient au moins le mérite d'exister. Ceux-là n'existent pas puisqu'ils sont anonymes. Je suis absolument persuadé que ce ne sont pas des journalistes de la rédaction. Cette présentation est une invention de marketing, certainement très astucieuse de la part de l'éditeur, je le mets au défi de me prouver le contraire.
Pourquoi avez-vous cette conviction ?
Tout ce que j'ai pu lire me concernant dans ce livre est faux du début à la fin. Comme il s'agissait souvent de scènes collectives, tout ce que je dis est vérifiable par des dizaines de personnes. Nous n'avons évidemment jamais sablé le champagne avec Claire Chazal le jour de l'élection de Nicolas Sarkozy et cela pour une bonne raison : à ce moment précis nous travaillions « non-stop » de 18 h 30 à 23 heures.
Que diriez-vous aux auteurs de ce livre s'ils se dévoilaient ?
Que ma porte est ouverte en permanence, comme le sont les conférences de rédaction où chacun peut venir, parler, discuter les choix. Le plus jeune des stagiaires peut le faire. Pour moi, le courage est une vertu cardinale. Si l'on n'est pas content, il faut partir.
« Ces mensonges ont fait mal à mes enfants »
Quelles attaques trouvez-vous les plus inadmissibles ?
Je ne souhaite pas parler de celles touchant la vie privée et la santé, qui sont absolument infâmes, écœurantes et indignes. Il se trouve qu'elles ont fait du mal à mes enfants, qui ont découvert des choses prétendues vraies. (Visiblement ému, PPDA fait une pause.) Moi, qui anime une émission littéraire et qui suis très attaché aux livres, j'ai du mal à comprendre qu'un éditeur puisse oser publier ça. La presse peut être assez moutonnière parfois pour souhaiter s'engager dans une brèche. Je peux vous citer un exemple que vous avez vécu avec moi en Éthiopie, où j'effectuais une mission pour l'Unicef, le lendemain même de l'interview de Nicolas Sarkozy. Vous m'avez vu recevoir un coup de téléphone du Président.
Que vous tutoyez, d'ailleurs...
Absolument, comme je tutoie, par ailleurs, Ségolène Royal, François Bayrou, François Fillon et tous ceux de ma génération. Ce jour-là, Sarkozy me dit deux choses au téléphone. Il vient d'avoir les chiffres d'audience de la soirée, qu'il trouve formidables, et ajoute : « Vous ne m'avez pas ménagé, mais c'était une très bonne émission. » Une semaine plus tard, un écho prétend que le Président nous aurait trouvés trop gentils. Et ainsi de suite...
Avez-vous reproché à votre direction (Nonce Paolini), le fait qu'elle ne se soit pas exprimée plus vivement contre le livre ?
Ce n'est pas du tout ce qui s'est passé. Il m'a téléphoné spontanément (je lui en sais gré de l'avoir fait) et m'a dit que cette histoire commençait à bien faire. Les rumeurs laissant entendre qu'il envisageait de me mettre à l'écart le faisaient sourire. Au début, il avait souhaité prendre ce torchon anonyme pour ce qu'il était, mais, constatant que certains journalistes s'y intéressaient, il a souhaité clairement me dire qu'il trouvait ces procédés ignobles et que, évidemment, je n'avais aucune crainte à avoir. Crainte que je n'ai jamais eue.
Une enquête est-elle en cours au sein de TF1 pour découvrir les auteurs ?
Non. Cela est encore un fantasme ridicule. Nous laissons les anonymes avec leur conscience.
L'une des premières questions posées au Président lors de sa dernière conférence de presse portait sur la nature de sa relation avec Carla Bruni. Votre avis ?
Moi, j'ai toujours été respectueux de la vie privée. Elle ne doit pas polluer la vie publique. Nous devons être extrêmement attentifs aux promesses des candidats devenus Présidents ou ministres. Les histoires de vie privée ont souvent tendance à servir de rideaux de fumée.
Comment interprétez-vous la baisse des audiences ?
Voyez par vous-même. (PPDA sort la feuille des audiences de la veille.) Dites-moi si un journal suivi par 9,10 millions de téléspectateurs face à un autre qui atteint 5 millions est un journal en baisse. TF1 et ses journaux restent de manière presque insolente en tête de toutes les audiences en France et en Europe.
Quels sont vos projets ?
Je termine un livre illustré sur les écrivains voyageurs à paraître mi-avril et je prépare également un court roman qui devrait sortir avant l'été, une petite fable.
Un dernier mot ?
Nous venons de vivre un moment très douloureux à TF1, nous venons de perdre un ami [Yves Hervalet]. Dans l'église, presque tout le monde était présent. Beaucoup étaient en larmes. Robert Namias et moi-même avons prononcé quelques mots. Une rédaction c'est cela : se retrouver sur l'essentiel. Tout le reste est accessoire.
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