
Ils se sont retrouvés un matin à La Baule où l'ancien ministre des Finances se rend trois ou quatre fois par an. Juché sur un vélo en carbone ultraléger « Stéphane Roche » que le champion cycliste lui a offert, il est arrivé en compagnie de son épouse Cécilia, également mordue de sport, pendant que Michel Drucker enfourchait un autre deux-roues en carbone, modèle « Jalabert » celui-là. Parce que quand l'animateur va voir Kersauson, il barre son catamaran. Lorsqu'il fait un reportage sur Schumacher, il se retrouve au volant d'une F1, et pour une émission sur le sous-marin' il y passe la nuit comme les marins. Alors bien sûr, quand il prépare un sujet sur Nicolas Sarkozy, il fait non pas de la politique, mais du vélo, le sport préféré du nouveau président de l'UMP qui est aussi, ça tombe bien, le hobby favori du producteur de Vivement Dimanche. « En fait on parle peu de politique. Le Sarkozy que je connais, c'est le copain passionné de sport et de chansons. Il connaît tous les footballeurs et les coureurs cyclistes, aussi bien les petits que les grands, mais lui même est un sportif accompli qui mène sa vie politique comme il pratique des sports : à fond. Il court à pied 10 ou 12 kilomètres plusieurs fois par semaine, sa femme presque autant, fait régulièrement ses 50 kilomètres à vélo' On roule tous les mois ensemble à Rambouillet avec ses amis François Pinaut et Jean-Claude Decaux. À son passage les gens l'applaudissent' ce qu'ils ne faisaient pas en 1995. »
À La Baule, ils ont donc parcouru en deux-roues les routes qui traversent les marais salants jusqu'au Croisic. Mais pas seuls. « Il a toujours un ou deux gardes du corps en embuscade. » Ni en touristes. « L'un et l'autre sont des acharnés. Moi qui ai l'habitude de rouler beaucoup, au bout de 5 kilomètres je tirais la langue », précise Michel Drucker qui, pour se venger sans doute, a trouvé le moyen au bout de 12 kilomètres de faire tomber Cécilia. « Il y a eu erreur sur la direction à prendre. On s'est heurté de plein fouet et elle a fait un vol plané. » Une chute qui a mis fin à la balade de Madame Sarkozy et l'a renvoyée à l'hôtel Royal où le couple a l'habitude de séjourner avec leurs enfants.
« Mais ensuite, son mari l'a appelée plusieurs fois pour savoir si elle ne souffrait pas trop. Il est vraiment très amoureux d'elle », précise l'animateur. « Il faut dire qu'ensemble ils forment une sacrée équipe. Elle est aussi sportive que lui et fait office de manager depuis près de dix-sept ans. » Certains la trouvent omniprésente. « Mais si elle ne bossait pas avec moi, on se verrait quand ? » interroge l'homme qu'elle a épousé en 1996 et avec lequel elle a eu un enfant (chacun en ayant deux de leurs précédents mariages.)
Michel Drucker la connaissait déjà lorsqu'elle était mariée avec Jacques Martin. C'est vers la même époque qu'il a croisé la première fois le chemin de celui qui était alors maire de Neuilly. « Déjà son langage différait. Pas celui d'un énarque ou d'un politicien à la langue de bois. Il est avocat de formation, il vient de la société civile. Sarkozy, c'est un instinctif, pas un intello. Il a imposé un nouveau discours. »
Et puis ensuite, pendant plusieurs années, Jean Drucker, le frère de Michel, et Nicolas Sarkozy se sont côtoyés, ils habitaient dans le même immeuble du VIIIe arrondissement. « C'est mon frère qui m'a suggéré de l'inviter dans Vivement Dimanche en septembre 2001 à l'époque où je m'orientais davantage vers les invités politiques. » Sarko avait alors voulu aller sur le Tour, à Liège. Ils avaient pris le train ensemble et arrivé sur place il avait voulu discuter avec tous les cyclistes français. Il les connaissait tous. Les anciens, les jeunes, leur vie, leur palmarès, leurs défaites. « J'ai été bluffé. Parmi les politiques, il n'y a que Jacques Delors qui connaisse aussi bien ce sport. Mais lui ne fait pas de vélo. »
À l'époque, Nicolas Sarkozy avait remporté l'une des meilleures audiences auprès des téléspectateurs. « C'était inattendu, car il était au creux de la vague », se souvient son hôte. « Mais l'école de la vie politique, c'est celle du sport. Et lui, il est comme les champions cyclistes. Il a eu des déboires, des difficultés, il est tombé de vélo, s'est relevé, fait des erreurs tactiques, connu des traversées du désert, été abandonné par le peloton, l'a rattrapé seul face au vent' Il a le goût de l'effort, ne se laisse pas démoraliser. Encaisser, souffrir, récupérer. Il sait faire. Il est vraiment dur au mal », commente Michel Drucker, admiratif. « Et Cécilia l'est tout autant que lui. S'il avait été champion cycliste, il aurait été Bernard Hinault dit le Blaireau. Il a la même ténacité. En tout cas, il a faim. Après avoir franchi les cols des Alpes, des Pyrénées en tête, il lui reste le Ventoux. Reste à savoir s'il le franchira en tête ? » se demande l'animateur.
« J'ai aujourd'hui un rapport particulier avec lui car il a été très présent quand mon frère est mort », dit-il, ému. « Mais on ne parle pas beaucoup de politique. On déjeune parfois ensemble. Il boit peu, ne fume pas, mais a un bon coup de fourchette même s'il fait attention car il a tendance à prendre du poids ! En société, il a la convivialité du sportif avec cette mémoire spécifique aux journalistes spécialisés qui peuvent vous rappeler des épisodes précis de la vie de n'importe quel athlète. Il aime beaucoup plaisanter, rigole de sa caricature tant il est vrai qu'un politique qui ne fait pas office de tête de Turc n'a aucune chance ; à l'occasion, il fredonne les chansons de Sardou ou d'Hallyday qu'il connaît par c'ur, comme celles de Didier Barbelivien, un ami de toujours. Il raconte aussi les sketchs de Jamel Debbouze qu'il adore ou celui de Muriel Robin, 'Le Noir', qu'il lui a demandé d'interpréter dans l'émission, tout comme il a convié Christian Clavier et Jean Reno car il aime leur cinéma. »
Michel Drucker se montre dithyrambique sur les qualités de son copain de vélo : « Il n'a peur de rien, a le courage physique, aime le dialogue et, avec Cécilia, ils ont un carnet d'adresses extrêmement complet du monde des affaires, des médias, du spectacle' », dit-il en connaisseur. « Mais, en revanche, il n'a certainement pas fait sienne la formule de Mitterrand disant qu'il fallait donner du temps au temps. Lui, il n'a pas le temps d'attendre. Il est à l'image de son époque. Mais dans son emploi du temps de ministre, il sait être présent partout là où il faut. » Un certain don d'ubiquité qui étonne toujours le producteur de Vivement Dimanche. « C'est un extraterrestre. Et j'ai l'habitude ! D'ailleurs il sait déjà comment il va utiliser le supplément de temps que l'abandon de ses fonctions ministérielles va lui laisser : il va sillonner la France de ville en ville pendant deux ans ! » Il y a peu de chance que ce soit à vélo cependant. Quoique Michel Drucker espère bien l'entraîner cet été sur les routes de Provence. « Sur le plat, c'est sûr il me bat ! Mais est-il un bon grimpeur ? Moi, c'est ma spécialité. Alors j'aimerais bien vérifier' même si finalement je suis sûr de perdre ! »
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