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Patrick Sabatier prend le relais de Nagui cet été, du 7 juillet à fin août, pour présenter le jeu N'oubliez pas les paroles. Après quinze ans d'absence, l'animateur-producteur, électrisé par cet exercice, confie à TV Magazine son enthousiasme et fait le bilan de sa carrière.
C'est la première fois, en trente-trois ans de métier, que vous allez présenter une émission que vous n'avez pas imaginée...
Patrick Sabatier : En effet, c'est une responsabilité formidable parce que je dois entrer dans un costume qui n'est pas le mien et l'adapter à mes dimensions. Grâce à ce défi, je suis heureux de renouer avec une exposition plus importante de mon travail.
Après l'été, allez-vous continuer sur France 2 ou sur une autre chaîne ?
France 2 et Nagui ne prennent pas ce remplacement comme un test. Et, d'ailleurs, je suis assez content qu'au bout de trente ans on ne m'inflige pas de période d'essai ! (Rires.) En tout cas, je ne sais pas ce que je ferai après.
Vous n'avez aucun projet d'émission en réserve ?
Nagui a des idées pour sa société de production. France 2 en a également. Mais je ne veux surtout pas le savoir. Car, si je ne me sens pas bien dans N'oubliez pas les paroles, je refuserai les propositions qui suivront. Il y a deux mois, on m'aurait dit que j'animerais un jeu produit par Nagui, j'aurais répondu : « C'est une bonne idée, mais ce n'est pas demain la veille ! ». Nous procéderons donc étape par étape.
Après votre départ de TF1, en 1993, avez-vous eu le sentiment d'une traversée du désert ?
Non. J'ai connu des jours avec et des jours sans, où je n'avais pas envie de sortir. Je pensais à protéger mes enfants. La relation passionnelle que j'ai avec eux est née de cette situation. J'ai aussi eu la chance de ne jamais cesser de travailler.
N'aviez-vous aucun doute sur votre avenir ?
J'ai douté tous les jours. Je ne m'attendais pas à ce qui allait m'arriver sur la Une.

Patrick Sabatier
Photos : © François Darmigny pour TV Magazine
Qu'avez-vous ressenti en arrivant sur TMC ?
Sur TF1, j'avais douze collaborateurs. Sur TMC, j'étais tout seul. Je me souviens d'un de mes premiers gestes. J'ai appelé Jeanne Moreau pour lui annoncer que j'avais conçu un talk-show d'une heure en face à face et que la chaîne n'aurait pas d'argent à lui donner. Elle m'a répondu : « C'est quand et où ? ». Petit à petit, j'ai reconstruit un lien solide avec les artistes. Car, à TF1, j'étais sur un paquebot, je ne voyais pas les artistes, je pensais qu'ils étaient là pour me servir. Je vivais une période « grosse tête ».
Comment cela se traduisait-il ?
Au début des années 80, j'animais 300 jours de radio par an, entre 8 h 30 et 11 heures, 42 prime times sur TF1 et 10 émissions de début de soirée par contrat. Plus 5 émissions spéciales et une dizaine pendant le week-end. À ce rythme, on se croit vite « arrivé ». Le chauffeur est en bas. Vous ne savez pas où vous allez, mais lui le sait. Vous disposez d'une maquilleuse, d'une habilleuse, les gens auxquels vous donnez du travail sont nécessairement gentils avec vous. Alors, à un moment, vous pensez que tout est possible. Dans ma tête, ça a duré six à huit mois. Toutes les célébrités ont vécu ça. C'est normal.
Vous réalisiez des scores d'audience sur TF1 que vous ne pourrez vraisemblablement pas égaler aujourd'hui. Dans quel état d'esprit abordez-vous l'émission ?
Je travaille beaucoup. Depuis le mois de mai, je passe mes soirées à répéter l'émission dans mon lit. Je veux surprendre Nagui. Enfin, je reste conscient des audiences. Mais qu'elles soient plus modestes désormais ne signifie pas que les émissions sont de moins bonne qualité. Le monde de la télé a explosé avec l'apparition de nouvelles chaînes et l'arrivée de la TNT.
Ne pensez-vous pas qu'il existe tout de même un manque de créativité ?
D'une part, les diffuseurs sont plus prudents. On achète des concepts à l'étranger qui ont déjà fait leurs preuves. D'autre part, beaucoup de créateurs s'inspirent largement de ce qui a été fait pour tenter de placer les mêmes produits. Je ne juge pas les confrères, mais je n'en pense pas moins. L'émission Rien que la vérité, sur W9, n'a rien à voir avec Le jeu de la vérité, quoi que... Il est dommage que des gens ne se creusent pas plus la tête. Le boulot d'un créateur est justement d'apporter au diffuseur une invention. C'est ce qui est le plus excitant dans notre métier.
Quel bilan tirez-vous de votre carrière ?
Ma grande réussite dans la vie, c'est que la télé m'a privé de télé pendant quinze ans. Elle m'a donné la possibilité d'être à côté de mes enfants pendant tout ce temps. De vous à moi, je suis très heureux de relever le défi pour un mois, un an ou dix ans, mais vieillir auprès de ma femme, garder la complicité de mes enfants et de mes amis m'importent beaucoup plus. C'est mon meilleur programme.

Patrick Sabatier
Photo : © François Darmigny pour TV Magazine
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