L'historienne
Marylène Vincent a été choquée par les grossières erreurs du
Henri 4 de France 3 et notamment celles relatives "aux femmes" du bon roi Henri omniprésentes dans le film. Nous vous livrons ses critiques telles qu'elle les a rédigées. Ces lignes n'engagent évidemment que leur auteur mais il nous a semblé judicieux de les soumettre à votre sagacité.
Tiré du roman Heinrich Mann, cette co-production européenne (18 millions d'euros, 800 figurants...) a été jouée par des acteurs de différentes nationalités, parlant 22 langues dont deux différentes au minimum à chaque scène.Cette fiction montre bien l'importance des femmes dans la vie du roi ; non seulement, de ses épouses et maîtresses pour celui qu'on baptisait le Vert-Galant, mais aussi de sa mère et de sa sœur. La proximité de ses femmes, leur importance, leur influence dans la vie du roi, et le rôle que certaines ont pu jouer le 14 mai 1610, jour de son assassinat.Tout au long de sa vie, Henri n'a cessé de côtoyer l'amour mais aussi la mort dans les batailles ou les attentats.Très jeune, il « s'insinue dans les cœurs avec une adresse incroyable » écrit un de ses contemporains. Adulte, il aime les femmes, les trouve toutes attirantes et recherche constamment cet état amoureux, devenant même « esclave de cette passion ». Ce guerrier implacable lors de la reconquête du royaume de France, qu' « aucun homme ne fit reculer, ne reculait devant aucune femme ». Mais l'amour demeure son talon d'Achille.Dans le téléfilm tiré du roman d'Heinrich Mann, la description d'un roi courageux, épris de tolérance, proche de ses sujets et désireux de sortir le pays de la crise, est régulièrement mis en avant.Jeanne d'Albret, sa mère Henri de Navarre respecte cette mère chérie et redoutée. Il passera une partie de son enfance loin d'elle. Selon les Vœux du père de Jeanne, il est élevé au milieu des petits paysans du Béarn ; puis en tant que prince du sang, auprès de ses cousins Valois, les futurs rois Charles IX et Henri III. Jeanne d'Albret n'a qu'un objectif pour son fils : la plus haute marche du pouvoir et lui fait donner la meilleure éducation possible au collège de Navarre à Paris, avec les précepteurs les plus prestigieux, auprès des tacticiens les plus renommés pour mieux défendre son pays.Adolescent, il retrouve sa mère à Pau ; son attirance pour les filles ne se dément pas. Bien qu'ayant vu Jeanne effondrée devant les infidélités répétées de son père, Antoine de Bourbon, il n'en reste pas moins faible lui aussi du côté des femmes. Sur ce sujet sensible, il sait se faire discret devant cette mère protestante, vertueuse, qui lui interdit carrément les femmes, « ruine de l'âme, du corps et de la réputation ».De santé fragile, elle meurt peu avant le mariage d'Henri avec Marguerite de Valois, sœur du roi de France. Quand il apprend la nouvelle depuis son Sud-ouest natal, il a tout juste dix-neuf ans. Très affecté, le désormais roi de Navarre n'est pas au bout de ses peines puisque suivront la Saint-Barthélemy et quatre années de captivité au Louvre...Catherine de Bourbon, sa sœur Même si cela n'est pas évoqué dans le téléfilm, Henri s'est très mal comporté avec sa sœur, Catherine de Bourbon. Malgré la promesse faite à sa mère de veiller sur elle, d'être un protecteur, son comportement détestable ne sera véritablement dévoilé qu'au XXème siècle pour ne pas écorner la légende du Bon roi de France. Cette petite sœur, de six ans sa cadette, petite, boiteuse, avec des qualités de cœur exceptionnelles, est prête à tous les sacrifices pour son frère. Elle l'aime de façon inconditionnelle. Régente du Béarn à la place de son frère durant les guerres de religion, elle fait de son mieux pour le servir et servir son pays. Par intérêt, il ne va choisir de la marier que fort tard. Il lui promet un mari dont elle tombe follement amoureuse, puis la mariera à un autre qu'elle n'aime pas : un psychodrame a lieu au château de Pau où le fiancé de Catherine est arrêté sur ordre du roi. Aujourd'hui, cet épisode est toujours inscrit dans le marbre blanc, au-dessus de la porte majestueuse des lieux.
Un an plus tard, Henri IV se convertit à la religion catholique et exige que sa sœur en fasse de même. Elle s'y refuse obstinément. S'ensuivent des querelles épiques avec échange de courriers entre le roi de France et sa sœur qui se traitent mutuellement de « garce » et de » maquereau ». Il l'oblige à épouser le duc de Bar, catholique pur et dur. Sa santé n'y résistera pas.Marguerite de Valois, appelée plus communément, la reine Margot Contrairement à ce qui est dit dans la fiction, Margot et Henri, cousins par leurs grands-parents respectifs (François Ier et Marguerite d'Angoulême), se rencontrent bien avant leur mariage. Dès l'âge de quatre ans, le prince de Navarre est promis à la belle Margot sous les regards transportés de joie des parents. Ainsi, grâce à ce mariage avec la sœur du roi, Henri de Navarre se rapproche du trône de France. S'il est vrai que Margot, amoureuse du duc de Guise, n'a aucune envie d'épouser le Béarnais , elle n'est pas cette fille dont la réputation de frivolité a trop longtemps traversé les siècles. Bien sûr, Jeanne d'Albret, reine vertueuse, n'appréciait pas vraiment le côté libéré voire déluré de sa future belle-fille. Cependant, l'époque voulait que les gouvernantes surveillent étroitement les déplacements de leur protégée et veillent sur leur virginité. Si, dans le téléfilm, la consommation charnelle du mariage a lieu avant la cérémonie, la lecture des « Mémoires » de la reine Margot lève toute équivoque et prouve le contraire.
En ces temps de mariages arrangés, le jeune couple développe dans un premier temps une relation fraternelle. Puis, devant les infidélités répétées d'Henri, les relations s'enveniment. Margot ne supporte plus de gérer les maîtresses de son mari, des comtesses jusqu'aux femmes de chambre. Elle ira jusqu'à choisir le camp opposé et lui déclarer la guerre...
Gabrielle d'Estrées Henri ne la rencontre pas par hasard. Son ami et grand écuyer le Sieur de Bellegarde, follement amoureux de la belle, lui en fait une telle description, qu'il veut la voir sur le champ. Il se déguise en vieux paysan crasseux pour passer inaperçu en terre ennemie et découvrir cette si grande beauté. Elle sera la passion de sa vie.Prêt à tout pour posséder l'ange Gabrielle, il lui donne titres, argent, terres et offre de nombreux privilèges à l'ensemble de sa famille. On l'appelle la « presque-reine ». Pour lui prouver son amour toujours plus fort, Henri lui propose de l'épouser et lui offre, devant des courtisans horrifiés, la bague du sacre. Pour la première fois, un roi épousera une favorite. Les jours précédents le mariage, ils se séparent pour faire taire les médisances. Enceinte de son quatrième enfant, elle meurt prématurément à l'âge de vingt-cinq ans sans avoir atteint la plus haute marche du pouvoir.Marie de Médicis Pendant qu'il vit le grand amour avec Gabrielle, des négociations ont lieu pour marier Henri IV à Marie de Médicis. Avec ses formes rebondies, elle n'est plus de la première jeunesse ...mais tellement riche. Et le pays, exsangue après toutes ces années de guerre, a besoin d'argent frais. A la mort de Gabrielle, plus rien ne s'oppose à ce que la princesse toscane épouse son roi. Suite à un mariage florentin en grande pompe où Henri se fait représenter, elle arrive en France, non pas en traversant les Alpes (voir fiction) mais par la Méditerranée, dans une galère entièrement dorée, construite spécialement pour l'occasion. Difficile fonction de reine quand on ne parle pas la langue, quand on ne connaît pas les mœurs du pays.Avant de partir, l'oncle de Marie lui dit: « Accouchez souvent ». Elle devient « mère des Dieux » en donnant un Dauphin à la France, attendu depuis cinquante sept ans. Cinq autres enfants suivront. Mais les disputes conjugales sont de plus en plus violentes sur de nombreux sujets : infidélités, argent, conseillers de la reine... Sully, le pompier de service, tente régulièrement d'éteindre le feu. Des historiens de renom comme Michelet ou Erlanger, ont parlé d'une participation passive de la reine à l'assassinat d'Henri IV.Charlotte de Montmorency Sans amour, il se sent vieillir, rongé par la goutte quand, Charlotte de Montmorency entre dans la vie du roi... un an avant son assassinat. Au détour d'un couloir du Louvre, elle lui apparaît vêtue de tulles, un javelot à la main, s'apprêtant à répéter un ballet. Il est foudroyé. Cupidon vient de le frapper. Le vieux barbon requinqué, n'aura de cesse de se rapprocher du jeune tendron de quatorze ans. Il la marie à son neveu, héritier présomptif à la Couronne, le prince de Condé. Jaloux, celui-ci ne supporte pas de voir le roi tourner autour de sa femme et choisit de fuir à Bruxelles. Furieux, le roi de France est prêt à tout pour la récupérer, y compris à déclencher une guerre...
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